Décryptage et Revalorisation de L'Art de L’Écu, de La Chevalerie et du Haut Langage Poétique en Héraldique. Courtoisie, Discipline, Raffinement de La Conscience, état de Vigilance et Intention d'Unicité en La Fraternité d'un Nouveau Monde !

mercredi 13 septembre 2017

Les Allégories du Jardin - La Lavande


Blason de la ville de Rochebrune (Drôme, Auvergne-Rhône-Alpes)

Écartelé: au 1er d'azur à la tour ronde d'or crènelée de gueules, au 2e d'argent à la branche d'abricotier fruitée et trois pièces au naturel, posée en bande, au 3e d'argent à la touffe de lavande fleurie au naturel, au 4e d'azur au clocher d'or essoré de gueules.

Allégorie 12 – La Lavande

Lorsque la lavande eut vu les peines et les tourments que souffrent les fleurs, tantôt entassées en gerbes, tantôt étalées, puis abandonnées au mépris ; Oh ! que je suis heureuse, dit-elle, de ne pas être au nombre des fleurs qui ornent les parterres ! je ne risque pas de tomber entre des mains viles, et je suis à l’abri des discours du censeur. Contre la coutume de la plupart des plantes, la nature me fait croître loin des ruisseaux et des terrains inclinés et humides. De même que les bêtes sauvages, je me tiens éloignée de la société, et mon séjour est constamment dans les déserts et dans les solitudes ; j’aime les lieux isolés, et je ne me mêle jamais dans la foule. Comme personne ne me sème ni ne me cultive, personne n’a à me reprocher les soins qu’il m’aurait donnés. Les mains d’un esclave ne me cueillent pas, et l’on ne me porte jamais ni au joueur, ni à l’homme vain et frivole. Si tu viens à Najd, tu m’y trouveras : là, loin des demeures des hommes, une plaine spacieuse fait tout mon bonheur, et la société de l’absinthe et des gazelles est mon unique plaisir. Le vent se charge de mes émanations balsamiques, et les porte à ces fervents anachorètes qui, retirés du monde comme moi, ne s’occupent qu’à des exercices de piété ; aussi puis-je dire que celui-là seul respire mon odeur, qui, passionné pour la vie contemplative et animé d’un amour ardent et véritable, a la piété du Messie et la patience d’Ismaël. Le matin et le soir, je suis la compagne du pèlerin qui traverse le désert ; je jouis des avantages de la société des bons, et je suis à l’abri de celle des méchants : on ne m’oblige point a paraître dans des réunions illicites, et je ne suis jamais auprès de celui qui boit et qui s’enivre. Je suis semblable à l’homme libre que l’on n’acheta jamais, et ne suis point exposée en vente dans les marchés, comme l’hypocrite qui a contrefait sa religion. Les libertins ne me recherchent point ; mais celui-là seul m’estime, qui, formant un dessein inébranlable, se découvre la jambe, s’élance sur le coursier rapide de la résolution, et le pousse dans l’arène du spiritualisme. Je voudrais que tu fusses dans le désert, lorsque la brise du matin erre auprès ne moi dans les vallées. Mon odeur fraîche et aromatique parfume le Bédouin solitaire ; mon exhalaison humide réjouit l’odorat de ceux qui se reposent auprès de moi : aussi, lorsque le chamelier vient à décrire mes rares qualités aux gens de la caravane, ne peuvent-ils s’empêcher de reconnaître avec attendrissement mon mérite.

Le zéphyr vient me dire de douces choses de la part de la lavande, et m’apporter le salut de l’absinthe. Mon amour est couronné du succès ; je le comprends à ce langage figuré. Heureux état ! puisse-t-il durer toujours ! La brise s’avance dans le mystère de la nuit, et, tandis que mes compagnons sont plongés dans un profond sommeil, elle me réveille doucement : son souffle rafraichissant et balsamique excite en moi une émotion qui me rend semblable à celui que trouble l’ivresse. Le zéphyr, toujours chargé d’émanations odorantes, et que la bonté divine a doué des qualités les plus précieuses, m’environne de sa frémissante haleine, comparable aux soupirs de mon amour, et ma passion prend de nouvelles forces. J’erre à la poursuite de ce vent parfumé , plongé dans la joie et dans l’amour le plus pur, et l’éclair semble sourire en voyant mes transports. Le zéphyr passe sur les campagnes de Najd, et les rameaux flexibles s’inclinent devant lui, comme par respect. Les colombes du bocage voisin me rappellent, par leur roucoulement plaintif, ces tentes et ces pavillons chéris, ou tant d’amants empressés accourent en foule, pour recevoir le prix de leur amour et de leur constance : c’est là que l’idole qu’appellent mes soupirs, laisse voir ces traits radieux dont la splendeur dissipe les ténèbres de la nuit !


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